UN PETIT MOT A DE GRANDS ECONOMISTES
La traditionnelle Journée de l’Économie Aquitaine qui s’est tenue à Bordeaux le 17 septembre, avait pour thème « rebondir face à la crise ».
Parmi les invités figuraient trois « experts » : Jean Marc Daniel, chroniqueur au Monde, Jean-Paul Betbèze, directeur des études économiques du Crédit Agricole et Henri Bourguinat, professeur à l’université Bordeaux IV.
Les deux premiers ont soutenu leur vérité que rien n’ébranle, surtout pas la mutation du monde : un euro d’investissement public est un euro subtilisé au privé qui en aurait fait un meilleur usage.
Oubliées les causes de la crise financière qui finalement ne serait qu’une anecdote dans la longue histoire du capitalisme, toujours renaissant de ses cendres.
Oublié l’appel lancé par la bourse pour que les pouvoirs publics viennent au secours de la banque et de l’entreprise.
Oubliée la nécessaire régulation d’un système qui peut rendre fou. L’un de nos grands experts l’a dit avec un talent qui masquait son aveuglement : le mieux pour les politiques est de ne rien faire pour ne pas faire mal !
Nos grands experts économiques ont une vision différente de nos petits points de vue locaux. Une vision macroéconomique et mondialisée. Sauf pour Henri Bourguinat, les territoires ne sont pas leur affaire, ni même d’ailleurs une affaire. Ce qui compte, c’est de ne pas entraver la libre concurrence, de diminuer les coûts, de prendre des parts de marché, de faire circuler l’argent… Et pour cela, d’alléger au maximum la charge de l’action publique, et donc celle des collectivités locales, dépensières, inefficaces, inutiles, et au fond nuisibles à l’avènement du grand paradis libéral où sinon chacun, du moins les meilleurs, achèteront leur bonheur, ne serait qu’à crédit. Soyons honnêtes, ils n’ont pas tenu si nettement ces propos, mais ils les sont si fortement pensés… Comme ils ont pensé ne pouvoir pas plus se tromper qu'un astronome observant les mouvements des étoiles.
Nos grands penseurs, inspirateur du timonier national, n’apportent pourtant pas de réponse à une question élémentaire : pourquoi les hommes vivent-ils en société ? Il me semble que la réponse en dit long sur la volonté collective qui doit être la nôtre. Les hommes se sont rassemblés, non pour s’entretuer, mais pour en finir avec la loi de la jungle, fût-elle économique. Et le meilleur moyen d’y parvenir durablement s’appelle la répartition des richesses.


