Je ne sais pas si le rappeur ORELSAN a été interdit de « Francofolies », mais pour me faire une idée précise, j’ai écouté sa chanson « Sale pute » qui raconte la violence d’un amoureux dépité :
« si je te casse un bras, considère qu’on se quitte en bons termes »
« je te déteste je veux que tu crèves lentement je veux que tu tombes enceinte et que tu perdes l’enfant »
« je vais te mettre en cloque (sale pute). Et t’avorter à l’opinel ».
Spontanément, chacun se dit que si une chanson décrivait un homme qui égorge les Arabes ou massacre les Juifs, personne ne l’admettrait dans notre pays, du moins je l’espère. De même, nous avons condamné les propos de DIEUDONNE mettant en scène la souffrance des déportés. S’agissant de femmes, peut-on dès lors accepter de pareils propos ?
En réfléchissant, je me suis dit qu’il y avait quand même une différence de taille. Quand nous voyons DIEUDONNE, nous avons la conviction d’un acte de propagande antisioniste, thèse qu’il assume publiquement. Mais, quand nous écoutons ORELSAN, nous percevons qu’il ne s’agit pas d’une expression autobiographique, comme il l’a précisé lui-même, en s’excusant de la provocation de son texte.
Avec sans doute plus de talent, GAINSBOURG a fendu le crâne de Marilou à coups d’extincteur, BRASSENS s’est réjoui du viol d’un magistrat par un orang-outang, et Boris VIAN a fait demander à une femme « fais-moi mal Johnny ».
Et que dire des œuvres du cinéma ou de la littérature, remplies de scènes de violences, de meurtres, de viols ou plus généralement de comportements qui, dans la vie réelle, enverraient leurs auteurs en prison, mais qui, dans l’imaginaire, peuvent justifier la remise d’un prix, voir la reconnaissance éternelle des lettrés.
La fiction a-t-elle tous les droits ?
Je crois qu’il vaut mieux répondre que oui.
À défaut, nous ne savons pas où s’arrêtera l’interdiction. Reste ensuite au droit de critique de s’exercer.
Mais je rêve qu’un jour, les femmes et les hommes auront une si forte sensibilité au respect de la personne humaine que toute atteinte à cette dernière sera autocensurée.