"RGPP" Contre "SMALL IS BEAUTIFUL"

La « Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) est désormais la boussole de l’État moderne. Sans elle, nous nous enfoncerions dans les ténèbres des déficits publics. Elle est fondée sur un principe de bon sens : rationaliser, optimiser, regrouper permet des économies d’échelle et donc la réduction des coûts.
 Au nom de cette RGPP, l’État a restreint la carte judiciaire, la carte militaire, la carte hospitalière, et demain celle des chambres de commerce et d’industrie ou des chambres régionales des comptes. Bien entendu, la RGPP a également inspiré la commission BALLADUR et abouti à la réorganisation des services de l’État et à au projet de réforme territoriale.
 Posons une question iconoclaste : regrouper, concentrer et finalement recentraliser coûte-t-il vraiment moins cher ?
 Le débat est ancien. Dans les années 60, la pensée dominante se prononçait pour « BIG IS BETTER ». L’avenir appartenait à la concentration selon une loi formulée par Karl MARX dans une perspective apocalyptique, mais que le capitalisme faisait sienne avec gourmandise.
 En 1973, l’économiste anglais Ernst Friedric SCHUMACHER publie « SMALL IS BEAUTIFUL ». Le sous-titre « une société à la mesure de l’Homme » marque une rupture provoquée par le premier choc pétrolier. SCHUMACHER, contemporain d’Ivan ILLICH, dénonce (déjà) l’exploitation inconsidérée de la Nature et défend la décentralisation.
 Poursuivant dans une même inspiration, de nombreux travaux ont alors montré que « SMALL IS BEAUTIFUL » était non seulement une méthode pour améliorer la vie en société, mais aussi pour…. réduire les coûts et optimiser les processus de production. Mieux vaut les petites structures, plus réactives, plus souples, plus participatives que les lourdes machineries difficiles à gérer et rapidement bureaucratiques. Le mouvement fédéral ou celui en faveur du développement local sont la traduction institutionnelle de cette vision. La diversification, la création de filiales, l’éloge de la PME en constituent le volet économique. Les nouvelles politiques de l’énergie en donnent une version écologique. Internet participe aussi de cette culture personnalisée. En fait, toute notre société est animée par ce vaste mouvement de décentralisation, d’individualisation, de proximité.
 Toute la société ? Pas vraiment. Il existe aussi la consommation de masse, les productions à grande série, le formatage télévisuel. Et demain, la recentralisation.
 
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