« Ce détenu, appelons Patrice pour les besoins de son anonymat… »
Dans son rapport d’activité, le contrôleur général des lieux de détention de liberté raconte l’histoire de cet homme rencontré en prison. À trente ans, Patrice gère une petite société avec un associé. La passion du jeu conduit l’un et l’autre à détourner les fonds de leur entreprise. Ils sont poursuivis. Laissé libre, Patrice trouve un travail et suit une psychothérapie.
Sept ans plus tard, il est convoqué devant le tribunal. Son psychologue lui conseille de ne pas se présenter. Patrice est condamné par défaut à 18 mois de prison ferme. Son associé, présent, à seulement six mois qu’il n’exécutera pas.
Père de deux jeunes enfants, Patrice demande une libération conditionnelle. Sa requête est rejetée. Patrice est incarcéré. Il assiste malgré lui à trafic. Il est violé par ses codétenus avec un manche à balai dans une salle de douches.
Transféré dans un autre centre, il apprend que son aîné de 13 ans s’est jeté dans le vide d’une hauteur de douze mètres. La vie sauve, l’adolescent s’attache sous l’eau au plot d’amarrage d’une bouée. Il sera sauvé au dernier moment. Le cadet qui croit son père parti à l’étranger souffre de troubles de comportement.
La Cour d’appel rejette l’appel de Patrice. Patrice tente de mettre fin à ses jours.
Deux jours, plus tard, il rencontre le contrôleur général. Au bout de six mois, le juge de l’application des peines examine sa demande tendant à substituer le bracelet électronique à la détention. Après un délibéré de 42 jours, sa requête est acceptée.
Ce matin, lors de la commission des lois, nous avons auditionné Jean Marie DELARUE, contrôleur général des lieux de privation de liberté. Nous avons entendu sa voix, toujours courtoise, indépendante, obstinée. Depuis des années, l’homme arpente les prisons, les centres de rétention, les commissariats. Il pose des questions, entend des détenus, rencontre le personnel pénitentiaire, tente de lever ces malentendus si nombreux, et le premier d’entre eux : exiger le respect du droit et de la dignité en prison n’est pas renoncer à la sécurité.
Son rapport ne deviendra pas le best-seller de l’année, la presse n’en parlera pas ou peu, les détenus eux-mêmes ignoreront ce véritable tableau des lieux de détention, l’opinion continuera à penser que les prisons sont peuplées de personnes qui le méritent bien.
Ce rapport traite de faits antérieurs à la loi pénitentiaire. Celle-ci demeure encore une loi sans vie. Faute de décrets, faute de moyens, faute surtout d’une culture pénitentiaire toujours aussi repliée sur l’enfermement et la sanction, c'est-à-dire le passé, toujours aussi peu ouverte sur la réinsertion et la prévention de la récidive, c'est-à-dire l’avenir.
À lire : Le contrôleur général des lieux de privation de liberté, rapport d’activité, 2009. Ed. Dalloz (cliquer ici). Le rapport contient également de nombreux chiffres sur la situation pénitentiaire, les gardes à vue…
Commentaires
1 comment postedOn en peut pas s'insurger contre les détentions dans des pays lointains sans regarder ce qui "est" chez nous. L'enfermement ne devrait jamais devenir synonyme de dégradation, de perte de ce qui fait qu'on est humain .
Je suggère que chaque collectivité achète plusieurs exemplaires de ce rapport: un pour chaque médiathèque, un pour mettre dans le hall de chaque mairie, chaque service de grande collectivité. Et puis servons-nous du net pour informer.Une petite dépense pour une grande cause.... Chiche!
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