Quelques amis ont réagi à mon dernier billet sur la sécurité. La plupart me rappellent que la sécurité est l’affaire de tous, de droite comme de gauche et que la dénonciation des manœuvres sarkozystes doit s’accompagner de propositions.
Je partage leur avis. Le vol, le crime, l’ensemble des crimes et des délits, mais aussi les incivilités sont des plaies qui marquent, parfois jusqu’à la fin de leur jour, les personnes qui en sont victimes. En tant qu’avocat, j'ai souvent été frappé de voir à quel point, le coupable ignore, veut ignorer le mal qu’il a causé, y compris dans les cas de viol ou de meurtre. Pour lui, la victime n’a pas d’importance. Il y a sa vie, presque toujours misérable, presque toujours remplie de violences, qu’il doit défendre bec et ongle. Au fond, aux yeux d’un délinquant, l’innocence n’existe pas. Parfois, il lui arrive même de considérer que l’autre, les autres, la société lui ont causé un mal si considérable que jamais il n’en commettra de si grand. Le résultat aboutit à ce paradoxe : le fautif se plaint de l’injustice.
Voilà bien la racine de la délinquance. Elle grossit dans les situations de groupe jusqu’à devenir un tronc fortifié par le sentiment d’exclusion, d’inégalité, de racisme, une forêt obscure d’agressivité et d’incompréhension.
Je ne crois pas que l’homme naisse mauvais. Il naît avec ses envies, et d’abord celui d’être reconnu, coûte que coûte, d’avoir sa place et sa part. Si ce désir n’est pas satisfait, il usera de violence pour assouvir un besoin sans doute indissociable de la vie. Ce n’est pas un hasard si la délinquance est d’abord une réalité urbaine, de lieux où il vaut mieux compter sur soi que sur les autres pour s’en sortir [1].
Cette position n’est pas plus angélique que ne serait diabolique le fait de croire que des individus naissent criminels.
La difficulté réside bien là : il faut comprendre sans admettre. Se montrer ferme tout en apportant des réponses individuelles et collectives qui évitent la récidive. Punir certainement, mais aussi prévenir.
Nicolas SARKOZY ne s’embarrasse pas de ces considérations.
Pour une raison simple qu’il faut sans cesse dénoncer. La sécurité est pour lui un fonds de commerce. Qu’importe si après huit ans de mesures sécuritaires, les résultats se font attendre… Ce qui compte : rassembler la droite la plus dure.
[1] Je livre à votre réflexion cette remarque de Claude LÉVI-STRAUSS. La délinquance est rare dans les sociétés primitives. Elle concerne essentiellement deux types d’individus, exclus de la norme sociale : le célibataire et l’orphelin.
Commentaires
1 comment postedC'est toujours avec beaucoup d'intérêt que je lis votre blog. Je partage tout à fait votre sentiment sur les dernières mesures "sécuritaires" sarkoziennes mais en outre j'ajoute qu'elles m'inspirent un profond sentiment de dégout, et de honte lorsque je constate le zèle effrayant avec lequel elles sont appliquées. Ces campements de roms proprement ratissés, ces gens jettés sur les routes sans ménagements ni la moindre proposition de logement déce,nt rappellent d'autres temps dont mon âge me permet de garder le souvenir. Mais le plus accablant est cette sorte de consenssus mou entourant ces exactions policières. Les quelques voix qui commencent à s'insurger sont bien minoritaires. Sommes-nous en train de subir une sorte de syndrome d'impuissance??? J'ai trouvé un certain réconfort dans le blocage du Pont d'Aquitaine : les moutons semblent décidés à ne plus se laisser tondre ! BAP
Poster un nouveau commentaire