« Monsieur le président, mesdames, messieurs les députés, j’ai l’honneur au nom du Gouvernement de la République, de demander à l’Assemblée nationale l’abolition de la peine de mort en France. »
Par ces quelques mots Robert BADINTER commença son intervention devant l’Assemblée Nationale le 17 septembre 1981. Désignant le siège de Victor Hugo, autre grand abolitionniste, il poursuivit son combat quelques semaines plus tard devant le Sénat. Il faut lire l’un et l’autre de ces discours dans la version publiée au Journal Officiel.
On y voit la grandeur et la petitesse de l’art politique. La grandeur lorsque Robert BADINTER, citant JAURES, le grand JAURES comme aime le qualifier l’ancien garde des Sceaux, rappelle que “La peine de mort est contraire à ce que l’humanité depuis deux mille ans a pensé de plus haut et rêve de plus noble. Elle est contraire à la fois à l’esprit du christianisme et à l’esprit de la Révolution.”
La petitesse quand les habituels aboyeurs interrompent son intervention de petites phrases qu’ils souhaitent méchantes « il vous manque des manches », « vous n’êtes pas à la Cour ». Avant que ne tombe la conclusion : « Demain, grâce à vous la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n’y aura plus, pour notre honte commune, d’exécutions furtives, à l’aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées. »
Robert BADINTER incarne bien sûr l’abolition de la peine de mort. Il est aussi, ne l’oublions pas, cette conscience qui dénonce toutes les atteintes aux droits de l’homme, le premier étant de vivre, le second de vivre dans la dignité. La dignité, ce mot à lui seul résume tous les droits fondamentaux, les plus anciens - la liberté, le respect de la personne - reconnus depuis le siècle des Lumières comme les plus récents proclamés par notre époque – la santé, le travail, le logement, la culture qui commence par l’alphabétisation, la planète durable… Lors du forum de PESSAC, R. BADINTER a démontré qu’il existe bien une universalité des droits de l’homme. Au delà des controverses doctrinales, elle se reconnaît dans la chair de la femme lapidée, de l’enfant qui meurt de soif, ou de l’homme brisé dans ses différences.
Je connais R.BADINTER depuis ce débat sur la loi pénitentiaire où nous avons bataillé ensemble pour ce respect de la personne humaine, fut-elle détenue. Il m’a soutenu chaleureusement, ce qui est rare dans un milieu où la critique est plus fréquente que la confiance. Peut-être cette dernière, m’a-t-elle permis cette impertinence que j’ai glissée à son oreille lors de sa venue en Gironde en constatant combien il inspirait le respect : « Vous êtes une statue vivante ». J’espère que l’expression ne l’a pas heurté. Statue du commandeur, il l’est en effet malgré lui. Mais statue animée de ce mouvement si profond qui se propage par l’éloquence, la véritable, celle qui n’est pas un simple assemblage de mots, mais une réflexion qui s’adresse à la sensibilité comme à l’intelligence.