L'IMMENSE SUCCES POPULAIRE D'ERIC BESSON
Début novembre, lors de son audition sur le budget de son ministère, j’ai interrogé Éric BESSON sur le débat relatif à l’identité nationale. Le site du Sénat donne un compte rendu que je qualifierai d’épuré de notre échange.
En fait, j’ai fait trois observations.
La première portait sur l’utilité d’une discussion que la lecture des deux premiers articles de notre Constitution permet de clore en trois mots : liberté, égalité, fraternité (article 2). Ou en trois phrases : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. » (article 1er).
La seconde avait trait au moment du débat. A cinq mois du scrutin régional, les dépenses engagées – la création d’un site, la mobilisation des préfets – prennent un caractère de propagande électorale en faveur d’une thèse identitaire permettant à la droite la plus dure de se rassembler sur ses marqueurs traditionnels.
Ma dernière remarque insistait sur les dangers d’un tel débat. Il était en effet évident qu’il glisserait de l’identité nationale à l’identité du « bon français » et en fait à la critique du « mauvais étranger ».
La réponse, très lisse, très polie, d’Éric BESSON se réduit à celle d’un bon élève. Résumée dans le langage du Palais du Luxembourg , elle donne ceci : « Il a fait valoir que la tenue de ce débat, à la formulation parfaitement républicaine, répondait à une promesse faite par le Président de la République et inscrite dans la lettre de mission qui lui avait été donnée. Il a également affirmé que ce débat, par son contenu, n'avait aucun rapport avec les enjeux des élections régionales. »
Voilà donc bien notre homme, un républicain respectueux du Président de la République, éloigné de toute basse considération !
Deux mois plus tard, le maire UMP de Gussainville a recentré la nature du débat, « indispensable » car «il est temps qu'on réagisse, on va se faire bouffer». Le discussion sur l’identité a rapidement viré à la polémique sur « les sans papiers d’identité », les gueux qui menacent de prendre les emplois et les logements des vrais Français.
Depuis, le site du ministère fleurit de propos qui d’habitude décorent des murs sombres ou s’élèvent des comptoirs : "La France est devenue une colonie de l'Afrique de façon irrémédiable », « pour être français, il faut avoir du sang français", « tous les matins, il faudrait faire chanter La Marseillaise dans les établissements scolaires et les lieux de travail, avec sanctions en cas de non-exécution » (cf le journal le Monde).
Pendant quelques jours, Éric BESSON s’est plaint d’être victime d’un procès de Moscou. Aujourd’hui, 4 janvier, Éric BESSON tire avec fierté un premier bilan : « un immense succès populaire ». Peuple, que de crimes, on commet en ton nom !



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