LES GALILEE DE L'ECONOMIE
Les économistes ont au moins un point commun avec les psychiatres : ils ont toujours raison. Avant la crise, pendant la crise, après la crise, leur raisonnement demeure le même. Tout change, mais il ne faut rien changer dans nos conceptions. Les Galilée de l’économie sont très rares.
Paradoxalement, le prix Nobel, institution parmi les institutions, possède l’art de repérer ces aventuriers d’une autre façon de penser l’économie : Joseph Stiglitz, le pourfendeur de Wall Street, James Tobin, l’inventeur de la taxe du même nom… Cette année, l’académie suédoise nous rappelle que l’économie n’est pas une science figée, obéissant le doigt sur la couture des grands classiques libéraux. Pour la première fois, il est décerné à une femme Elinor Ostrom (l’économie est machiste sauf si elle est domestique). Il bénéficie aussi à Olivier Williamson.
Nos deux Américains montrent que le marché n’est pas la solution unique et indépassable. Qu’il y a d’autres modes de gouvernance économique, ce qui dans la crise financière que nous connaissons est une information majeure. En termes officiels, leur apport se résume à "Ils veulent comprendre des organisations qui ne sont pas des marchés (...) et ils montrent comment ces institutions résolvent les conflits".
Parmi ces organisations, il y a les collectivités publiques, mais aussi la nouveauté est là, les usagers eux-mêmes. Au fond, il existe une économie participative.
Bien entendu, le propos ainsi rapporté fleure bon la théorie. En fait, les travaux d’Elinor Ostrom, reposent sur des observations très concrètes : les co-propriétés, les associations d’usagers, les regroupements de consommateurs, bref la co-gestion, sont aussi efficaces que le marché pour gérer et répartir les ressources. Et ce, avec un souci permanent de développement durable. Elle en apporte la démonstration en étudiant l’exploitation des biens collectifs, la forêt ou celles des lacs…
Elinor Ostrom n’est pas totalement optimiste. Elle nous fait part de ses craintes sur l’avenir de cette autre gouvernance : « des informations qui étaient autrefois 'librement accessibles' sont désormais de plus en plus privatisées, surveillées, chiffrées et restreintes ».



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