Fin 2009, un sondage révélait qu’un Français sur deux craignait de se retrouver SDF. En 2011, une autre enquête portait ce chiffre à trois Français sur quatre !
Le dernier rapport de la Fondation de l’abbé Pierre nous montre que cette peur du nouveau siècle n’est pas qu’une simple inquiétude. 3,6 millions de Français ne sont pas logés ou mal logés. Si l’on compte les personnes en fragilité de logement, nous en sommes à dix millions. Et parmi les plus démunis, 390 sont morts dans les rues françaises en 2011, 38 en janvier 2012…
Les rapports succèdent aux rapports, les dispositions législatives s’accumulent, le « zéro SDF » est promis, et pourtant, d’année en année, la situation se dégrade. « Le droit opposable au logement », en permettant aux non logés de faire appel au juge, devait constituer une arme décisive. Faute de logements accessibles, il a donné le sentiment aux personnes concernées que la justice, l’administration, le politique, la société tout entière se moquaient d’elles.
Quant aux méthodes du gouvernement - mesures fiscales en faveur des investisseurs immobiliers, baisse des aides aux locataires -, est-il besoin de souligner qu’elles n’ont fait qu’aggraver la détresse ?
La mécanique de cette paupérisation est bien décrite par la Fondation : « une lutte des places » conduit au surpeuplement ou à un confort rudimentaire avec des loyers qui évoluent plus vite que les revenus. Dans cette bataille arbitrée par le marché, le locataire pauvre est d’abord un salarié précaire. Plus de six millions de ménages consacrent ainsi plus d’un tiers de leurs revenus au loyer et aux charges.
Une évidence : le marché ne parvient pas à résoudre la question du logement. Nous devons trouver d’autres voies. Toutes supposent un volontarisme des pouvoirs publics qui ne se confond ni avec un retour à une économie administrée de l’habitat, ni avec un centralisme étatique. Elles consistent à réduire les coûts du foncier et de la construction, à lancer un programme permettant de combler ce manque de 900 000 logements et bien entendu, mesure d’urgence, à encadrer les loyers comme le propose F. HOLLANDE.
En fait, je crois que nous serons conduits à aller plus loin. Dans une étude de 2009, sur le droit au logement, le Conseil d’État, peu réputé pour son bolchevisme, a posé les questions de l’attribution quasi intégrale de la plus value foncière aux propriétaires du sol, de la taxation des logements vacants, du durcissement des sanctions contre les communes ne respectant pas la loi SRU, ignorée par le tiers d’entre elles. Il incite également l’État à consacrer gratuitement une partie de ses terrains à la construction de logements sociaux, proposition reprise par le candidat socialiste.
Et plus loin encore, le combat pour le logement accessible sera une lutte contre la pauvreté. Elle commence bien entendu par la revalorisation des aides à la personne, mais se poursuit par une politique de l’emploi, un refus des discriminations, une fiscalité différente…
J’oserai ajouter que l’État a montré depuis des années qu’il n’était pas l’acteur susceptible de résoudre la crise de logement. Comme souvent, la réactivité et la proximité des collectivités territoriales constituent de bien meilleurs atouts. Le projet « 50 000 logements » porté par la Communauté urbaine en donne un exemple. À condition que l’État accepte de transférer les ressources nécessaires, certainement mieux utilisées localement que par le pouvoir central.
Le mal-logement est aussi un mal vivre qui ruine toute espérance, oppose les individus les uns aux autres, favorise les communautarismes… La crise du logement est une cause et un effet de la dégradation de notre modèle social. Elle reflète le défaut d’insertion, la faillite des dispositifs de protection, l’absence de solidarité, les séquelles du chômage ou des bas salaires. Il sera nécessaire de soigner la racine du mal : la pauvreté et la précarité.
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