LA SOCIÉTÉ EN DÉPRESSION NERVEUSE
« J’ai peur de les dépenser. Si on me les réclame après ». Cette crainte devant les 150 euros de l’allocation scolaire tombée dans l’escarcelle, Florence AUBENAS la cite dans son remarquable livre « le Quai de Ouistreham. Elle aurait pu figurer en exergue du rapport du médiateur de la République.
Ce dernier, Jean-Paul DELEVOYE, porte un regard sombre sur notre société. Sa fonction, il est vrai, le place en un lieu d’observation privilégié : les rapports entre l’administration et les administrés.
Les titres et sous-titres sont éloquents : « le citoyen perdu dans le labyrinthe des cotisations », « des ministères encore aux abonnés absents », « l’information médicale, une denrée rare », « des lois mal appliquées, faute d’instructions claires », « le citoyen seul face à un cadre mouvant et insécurisant », « l’usurpation d’identité, un phénomène mal pris en compte », « prévenir la maltraitance des personnes vulnérables dans le milieu médical »…
L’éditorial insiste lui sur la perte de confiance entre l’usager et son administration. L’usager se sent confronté à une bureaucratie fermée, éloignée, obscure, tatillonne, marquée par une standardisation et un traitement de masse des dossiers, là où il aspire à la personnalisation, et même à la bienveillance. Inversement, le fonctionnaire souffre de la violence verbale, et parfois physique de « consommateurs » comprenant mal la nécessité de règles. Les deux parties sont victimes d’une loi trop souvent complexe et de moyens matériels insuffisants, même si ces causes bien réelles n’épuisent pas à elles seules « le malaise administratif » de notre pays.
Jean Paul DELEVOYE résume son rapport d’une formule : « l’usure psychologique de notre société ». Il décrit aussi la fragmentation du tissu social qui aboutit à la coexistence de deux sociétés, l’officielle et la souterraine, chacune ayant ses codes, son langage, sa hiérarchie, ses valeurs. Dans la seconde sont précipitées notamment quinze millions de personnes qui chaque mois disposent que de 50 à 100 euros pour boucler leur budget.
Le médiateur, par ailleurs maire UMP de Bapaume dans le Pas de Calais, conclut par ce propos que ne renierait pas l’ultra-gauche : « la loi n'apparaît plus comme le bouclier du plus faible contre le plus fort, mais comme une nouvelle arme aux mains du plus fort pour asseoir sa domination contre le plus faible. » Je crois que K. MARX avait écrit quelque chose qui n’était pas très éloignée. Ou en tout cas, J.J. ROUSSEAU : « Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit, et l'obéissance en devoir. » (Du Contrat social).
Au fond, voilà bien le défi à relever : refonder le contrat social. Vaste programme qui n’est malheureusement pas inscrit à l’ordre du jour du Parlement.
Pour consulter le rapport : http://www.mediateur-republique.fr/fr-citoyen-05-201



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