L’AUTRE REFORME TERRITORIALE
De réunion en réunion, avec d’autres, je m’oppose à la réforme des collectivités territoriales. Non par posture politique, mais parce que ce projet se trompe d’analyse et d’objectif.
Trois exemples. L’idée « métropolitaine » selon laquelle il n’y a de développement qu’urbain est fausse. De nombreuses études montrent que le monde rural est créateur d’emplois et de croissance. Ensuite, simplifier ne consiste pas à fusionner l’élu du département et l’élu de la région, puis, à terme, ces deux collectivités aux missions si complémentaires. Enfin, je suis en total désaccord avec cette vision datée des années « THATCHER » : il faut réduire la dépense publique pour augmenter l’espace de l’économie marchande, paradis de l’efficacité. La crise récente souligne l’importance de l’action publique.
La décentralisation est une chance pour notre pays. En présence d’un État paralysé par son endettement, les communes, départements et régions sont des modèles de bonne gestion, porteurs de l’essentiel de l’investissement et des services à la population.
Mais alors quelle réforme proposer ?
Dans une République décentralisée, la première règle devrait être simple : chacun son rôle, chacun ses ressources, chacun ses responsabilités. En France, la décentralisation se fait avec un élastique. L’État transfère, mais avec regret et méfiance. L’élastique se transforme parfois en un attrape-sous qui va chercher dans la poche des collectivités de quoi financer ce qui relève de la compétence de l’État : la LGV ou le RSA, par exemple. Voilà bien un drôle de père Fouettard qui morigène les élus, accusés de tout mélanger et de trop dépenser, mais qui détourne les yeux de ses propres turpitudes !
Que l’État commence par se réformer lui-même ! Non pas en confondant réforme et restriction budgétaire. En acceptant plutôt de partager l’action publique avec les collectivités territoriales, et donc de respecter leurs identités, leurs compétences, leur financement. Nous en sommes loin !
La seconde réforme concerne nos collectivités. Les communes et les intercommunalités doivent collaborer et non s’opposer, les premières sont des lieux de vie incontournables pour les habitants, les secondes constituent un outil indispensable au développement et à la solidarité. Quant aux Métropoles, elles ne doivent pas se transformer en usine à gaz qui dissoudrait le milieu urbain en particules, mais s’affirmer comme un instrument au service de l’espace urbain, du logement, des transports et du développement durable.
L’avenir du Département s’inscrit dans sa fonction de solidarité sociale, mais aussi comme centre de ressources et de péréquation du monde rural. Quant aux Régions françaises, les plus faibles d’Europe, il est temps de reconnaître qu’elles agissent plus efficacement que les politiques centralisées de l’État ou de l’Europe en matière d’aides aux entreprises, d’innovation ou d’aménagement du territoire.
Ce projet de réforme vise à réduire le pouvoir local. Celui que nous défendons a pour objet de le libérer, de développer nos collectivités, de clarifier leurs relations avec l’État, et, presque trente ans après les grandes lois de décentralisation de G. Defferre, d’admettre enfin la diversité et la créativité de nos territoires.



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