Je n’aime pas particulièrement le personnage de Monsieur HULOT, je ne fume plus depuis des années, je soutiens l’interdiction du tabac dans les lieux publics, et pourtant, je trouve consternant cette furie qui a conduit la régie publicitaire de la RATP à censurer la pipe de Jacques TATI, avançant fièrement sur son solex.
Au nom de la loi EVIN, on nous explique que l’affiche consacrée à l’exposition du cinéaste ne pouvait comporter la moindre allusion à la nicotine. La pipe a donc disparu dans les oubliettes de la mémoire, remplacée par … un moulin à vent !
L’affaire n’est pas sans précédent. À l’occasion d’un timbre, la Poste avait déjà fait tomber la cigarette de la bouche d’André MALRAUX et la Bibliothèque nationale avait procédé de même sur une affiche de Jean-Paul SARTRE…
Je ne crois pas que de telles photos contreviennent à la loi qui interdit toute publicité pour le tabac. Mais je suis certain que ces « retouches » s’autorisent de petits arrangements avec la vérité, ce que dans d’autres circonstances, nous appellerions des manipulations.
Que va-t-on mettre sur la chaise peinte par VAN GOGH à la place de la pipe et du paquet de tabac ? Le Code pénal ? Ou un manuel de la bêtise. Et remisera-t-on prochainement dans les caves des musées les peintures si nombreuses d’Édouard MANET qui montrent une femme ou un homme en train de fumer ? Brûlera-t-on les films des MARX BROTHER dans lesquels Groucho mâchouille son cigare ? Et que faire des portraits de Winston CHURCHILL, atteint de la même addiction ?
Même au nom d’une croisade respectable, il n’est jamais bon de tricher avec la réalité. Monsieur HULOT, sinon TATI, André MALRAUX, Jean-Paul SARTRE… étaient de sacrés fumeurs. Ils doivent être acceptés comme tels. Ou bien, il faut renoncer à utiliser leur image. J’espère que je ne serai pas poursuivi pour apologie en faveur du tabac… Par les temps qui courent, le risque n’est pas exclu.