Comme chacun, je m’interroge sur notre échec aux élections européennes. Comme tous, je constate qu’une partie de notre électorat s’est tournée vers les Verts. Comme beaucoup, j’incrimine notre manque de crédibilité qui dure depuis plusieurs années, imputable à l’absence d’un leadership incontesté et de propositions convaincantes.
Pourtant, il me semble que quelques éléments méritent d’être précisés.
D’abord, cette défaite n’est pas seulement un échec des socialistes français. Mis à part la Grèce, toute la gauche européenne, si diverse, est en recul. Le Parti socialiste européen ne représente plus que 20% des parlementaires européens. Les Verts demeurent loin derrière, la performance des écologistes français constituant une exception. L’extrême gauche ne se montre pas plus revigorée.
En fait, les conservateurs sont les grands vainqueurs d’un scrutin qui aurait dû sanctionner la crise dans lequel nous a entraînés le libéralisme. Voilà bien un paradoxe que nous devons affronter avec lucidité : les pyromanes de l’économie financière se retrouvent plébiscités par leurs victimes !
En France, la moitié des électeurs du Modem a rallié les Verts… Déroutés par un accident télévisuel de leur chef de file, ils sont ainsi passés de la controverse toute en légalisme d’un François BAYROU à une contestation beaucoup plus radicale de Dany le Rouge ou de José BOVE. Ce transfert, même s’il n’est que provisoire, nous apporte une leçon. Les électeurs aspirent au changement.
Le changement, mais lequel ?
Je répondrai indirectement. Combien d’électeurs étaient dimanche capable de citer trois propositions socialistes, voir deux, voir une seule ? Les Verts sont portés par un mouvement naturel qui devrait être le nôtre. Le Modem représente le changement dans la continuité. La gauche radicale conteste l’ordre existant. Mais nous, qu’incarne-t-on ? Je ne sais pas si nous avons dans nos rangs une femme ou un homme de la dimension de JAURES, BLUM, ou MITTERRAND. Je suis certain qu’il nous manque le combat humaniste du premier, le programme social du second, ou les cent dix propositions du troisième. Notre dernière victoire s’est elle-même enracinée dans quelques suggestions qui nous ont mis au centre des débats : les emplois-jeunes, la réduction du temps de travail, le RMI… Incapable de résumer en trois propositions, notre programme, nous courons dans le vide, nous contentant de critiquer ou de nous disputer.
Bien sûr tant que nous n’aurons pas réglé la question de notre leader, la presse nous renverra à nos divisions. Mais pour autant, il n’y aura pas de leadership assuré s’il n’y a pas simultanément une orientation politique précise, accompagnée d’un ensemble de mesures concrètes et d’un calendrier. La première est simple. Avec provocation, je préciserai qu’elle nous vient plus de Barack OBAMA que des révolutionnaires français : rompre ! Rompre avec un mode de fonctionnement de l’économie, rompre avec tous les conservatismes, et en fait construire de nouvelles solidarités. Sans oublier le recours à des formes de communication plus directes et décrispées, y compris pendant les campagnes électorales.
Mes propos constituent, je l’admets, une suite de généralités, peut-être de banalités. Ils leur manquent précisément ces mesures concrètes que je réclame…. A chaque soir suffit sa peine. Et puis, voilà bien notre tâche collective des prochains mois. Au travail.
P.S : un journal du soir nous rappelle la relativité de la plupart des échecs. En 1994, le parti socialiste subissait sa plus sévère défaite aux Européennes, pire que celle d’aujourd’hui. Trois ans plus tard, nous étions majoritaires…