Hier soir, je suis intervenu à l’université de Nancy sur la loi pénitentiaire. Dans ce grand amphithéâtre, il y avait plus de monde que pour certaines réunions politiques. Des étudiants et des enseignants, quelques professionnels du monde carcéral aussi.
Mes hôtes m’ont posé cette question en forme de remerciement : « c’est bien d’avoir accepté notre invitation, car au fond, ce déplacement ne vous apporte rien ».
Rien, c’est beaucoup dire. La confrontation de son argumentation, hors du cénacle d’initiés parlementaires, est une nécessité, je dirai même un exercice d’hygiène mentale qui permet cette prise de distance dont nous avons tant besoin.
Rien, non, puisque, je le confesse, dans chacun de mes déplacements, je me réserve une promenade, consacrée ici à la belle place Stanislas.
En fait, mon interlocuteur prenait soin de ma carrière. Les Nancéiens ne seront jamais mes électeurs, et le temps que je leur ai consacré est un temps égaré du point de vue de l’efficacité électorale.
Certains parlementaires l’ont compris depuis longtemps : il est plus confortable de ne pas assumer sa fonction de législateur. Il y a quelques années, un classement de l’Express, je crois, montrait que les parlementaires les plus absents étaient en général réélus alors que les plus « travailleurs » connaissaient de grandes difficultés. Quelle leçon ! Qui ne réduit pas à la fameuse polémique sur le cumul des mandats.
Voilà bien notre démocratie : les gens veulent vous voir. Vous voir à la télévision, même quelques secondes pour avoir le sentiment que vous êtes bien dans l’hémicycle (le mieux me dit-on est alors de porter des couleurs vives, une veste rouge par exemple). Ou mieux vous voir en chair et en os, près d’eux, en train de les écouter. Or, souvent le travail parlementaire n’est pas visible ni nationalement ni localement. Vos rapports, vos interventions en commission, votre suivi d’une loi, ce travail minutieux, souvent technique ne font l’objet d’aucune médiatisation, et donc d’aucune existence publique. Sauf pour les Grands dont le moindre éternuement suscite un émoi. Quant à vos électeurs, ils ne votent pas en tenant compte des statistiques de chaque parlementaire publiées sur les sites de l’Assemblée nationale ou du Sénat.
Je n’en conclurai pas à une République qui confond le spectacle et le labeur, le bon mot et la réflexion, le copinage et l’intérêt général. Depuis l’antiquité, la vie publique a toujours été double. Elle comporte d’un côté l’obligation heureuse d’être élu et réélu. Et de l’autre, celle d’assumer le mandat qui vous a été confié et pour laquelle vous percevez une indemnité.
Pour conjuguer ces deux impératifs, il faut s’efforcer d’être proche des gens, de créer avec eux un lien de confiance et finalement de devenir le relais entre ce monde réel et le monde de la loi. Vaste programme.
Qui pense que la politique est un art facile ?
Commentaires
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Very true! Makes a change to see soomene spell it out like that. :)
Pourrait-on rappeler, cela ne semble être une évidence pour tous, qu'un législateur - député ou sénateur - est au service du pays tout entier.
Elu de sa circonscription, son mandat n'en fait nullement le porte parole pour des problèmes strictement locaux.
Exercice difficile, certes, dans lequel l'intérêt général l'emporte sur des aspirations particulières, locales ou catégorielles.
Dans la pratique, le respect de cette mission n'est pas le meilleur moyen de se faire élire....
Je trouve remarquable qu'un législateur se "promène" dans différentes régions, celles qui ne compteront pas le jour du décompte des bulletins de vote.
Au delà de nos frontières nationales, tout en restant dans notre région d'Aquitaine, nous avons eu la preuve récente que le labeur et l'efficacité non médiatisés ne pesaient rien, hélas, face à des manoeuvres sans aucun intérêt, ni pour la France ni pour l'Europe.
C'est ainsi.
Bernard Huet
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