J’ai longtemps été réticent devant des « primaires ouvertes. » Notamment parce qu’il me semblait utopique de s’inspirer d’un modèle américain, bipartisan et fédéral, d’ailleurs appliqué indifféremment par les vainqueurs ou les vaincus.
Les Primaires ouvertes possèdent toutefois une grande vertu : oxygéner un parti qui s’asphyxie. Elles redonneront du souffle à celle ou celui, choisi par un corps électoral plus large que celui des habituelles motions de congrès.
Dans l’idéal, elles pourraient rassembler la gauche derrière un candidat unique dès le premier tour. Autant pour des raisons de différences idéologiques que de visibilité ultérieure, je ne crois pas que les Verts ou les communistes prennent le risque de participer à des « primaires », même organisées conjointement. En fait, une telle candidature unique n’aurait sa cohérence que dans la perspective d’un vaste mouvement de gauche, faisant le pendant à l’UMP, et acceptant la bipolarisation à l’américaine. Vaste programme qui personnellement ne me choque pas. Mais reconnaissons-le : nous en sommes loin.
Des primaires ouvertes, oui, mais alors quels électeurs pour quels candidats ?
Dans certaines primaires américaines, un républicain a pu choisir entre B.Obama et H. Clinton. Et inversement, un démocrate entre J. Mc Cain et Mitt Romney. Dans d’autres cas, le vote a lieu, à main levée, lors de « caucus » réunissant uniquement les membres du parti concerné. Et non pas pour le candidat, mais pour ses délégués qui disposeront théoriquement de leur liberté au congrès.
A nous, d’innover et non de copier. En gardant le souci de conserver une cohérence politique. Elle n’existera pas si la primaire tourne à la mascarade people ou s’expose aux manipulations. Un moyen simple consiste à établir une liste électorale constituée de tous les militants socialistes, complétée des sympathisants parrainés par au moins deux adhérents. Nous pouvons en effet être certains que les candidats mettront en place des réseaux de mobilisation des sympathisants. Autant légitimer cette phase de campagne et en profiter pour délimiter le corps électoral avec des règles partagées qui éviteront quelques « faux sympathisants ». Bien entendu, la liste électorale, rendue publique avant le vote, restera soumise à validation par une autorité reconnue par tous les candidats.
Qui peut être candidat aux Primaires ? Aux États-Unis, toute personne peut solliciter les suffrages de l’un ou de l’autre des parties. En réalité, la récolte des fonds pour financer la campagne constitue une sélection féroce qui oblige à préciser ses orientations politiques. En Italie, les candidats soumis au vote ont d’abord fait l’objet d’un accord entre partis. Dans son rapport, A. Montebourg propose une succession d’éliminations par des votes dans dix départementaux limitrophes, puis dans vingt, puis dans les autres… Mais les victimes d’un tel marathon expliqueront que si le vote avait commencé par une autre série de départements, plus au sud ou plus au nord, le résultat aurait été autre… et la polémique que nous voulons éviter débutera.
Pourquoi ne pas recourir à une méthode moins calquée sur le modèle fédéral américain. Par exemple, celle déjà retenue pour le référendum militant (article 6 des statuts) : peut se porter candidat aux primaires toute personne ayant recueilli un nombre minimal de signatures dans un nombre minimal de départements. Bien sûr, si la primaire a pour but de désigner le candidat des seuls socialistes, seuls les adhérents seront signataires.
Ensuite, selon le nombre de candidats, plusieurs votes pourront intervenir jusqu’à la réunion d’une majorité absolue des suffrages par l’un d’eux. Voilà quelques idées jetées en vrac. Elles ne prétendent ni à l’originalité ni à la perfection.
PS : Évidemment, je vous recommande de lire le rapport d’Arnaud MONTEBOURG et d’Olivier FERRAND, « Pour des primaires ouvertes et populaires ».