Quelques amis ont réagi à mon dernier billet sur la sécurité. La plupart me rappellent que la sécurité est l’affaire de tous, de droite comme de gauche et que la dénonciation des manœuvres sarkozystes doit s’accompagner de propositions.
Je partage leur avis. Le vol, le crime, l’ensemble des crimes et des délits, mais aussi les incivilités sont des plaies qui marquent, parfois jusqu’à la fin de leur jour, les personnes qui en sont victimes. En tant qu’avocat, j'ai souvent été frappé de voir à quel point, le coupable ignore, veut ignorer le mal qu’il a causé, y compris dans les cas de viol ou de meurtre. Pour lui, la victime n’a pas d’importance. Il y a sa vie, presque toujours misérable, presque toujours remplie de violences, qu’il doit défendre bec et ongle. Au fond, aux yeux d’un délinquant, l’innocence n’existe pas. Parfois, il lui arrive même de considérer que l’autre, les autres, la société lui ont causé un mal si considérable que jamais il n’en commettra de si grand. Le résultat aboutit à ce paradoxe : le fautif se plaint de l’injustice.
Voilà bien la racine de la délinquance. Elle grossit dans les situations de groupe jusqu’à devenir un tronc fortifié par le sentiment d’exclusion, d’inégalité, de racisme, une forêt obscure d’agressivité et d’incompréhension.
Je ne crois pas que l’homme naisse mauvais. Il naît avec ses envies, et d’abord celui d’être reconnu, coûte que coûte, d’avoir sa place et sa part. Si ce désir n’est pas satisfait, il usera de violence pour assouvir un besoin sans doute indissociable de la vie. Ce n’est pas un hasard si la délinquance est d’abord une réalité urbaine, de lieux où il vaut mieux compter sur soi que sur les autres pour s’en sortir [1].
Cette position n’est pas plus angélique que ne serait diabolique le fait de croire que des individus naissent criminels.