Jeudi 8 juillet, 10H00, Michèle Delaunay et moi-même entrons dans l’Hôtel de police de Bordeaux. Nous descendons au troisième sous-sol visiter le Centre de rétention administrative.
Un Centre de rétention n’est pas un lieu de détention… Juridiquement. Le seul fait d’y entrer par la contrainte et de ne pouvoir le quitter à sa guise l’en rapproche fortement. Mais, il est vrai, qu’à l’intérieur, la personne retenue peut choisir de rester dans sa chambre aux quatre lits superposés ou dans la petite cour de 32 mètres carrés, sorte de puits de lumière où trône un baby-foot sous une verrière. Elle peut parler avec les autres étrangers, recevoir des visites de courtes durées, consulter un avocat, demander à voir un médecin, téléphoner d’une cabine, mais non d’un portable, ou s’entretenir avec la bénévole de la CIMADE devant une affiche « il n’y a pas d’étrangers sur cette terre. »
Des droits en réalité assez proches de ceux des détenus. A l'exception des chambres qui ne sont pas verrouillées la nuit. Mais avec les mêmes risques de suicide, d’automutilation ou d'agression. Une « chambre sécurisée » permet d'ailleurs d’isoler « les retenus agités ».
Les 24 centres de rétention administrative de notre pays accueillent les étrangers sans papier. Un pakistanais quitte la misère de son pays. Après de longs détours, un « passeur » que l'on dénomme aujourd’hui pudiquement un « aidant », lui vend les moyens de traverser la France pour aller vers son paradis anglais. Dans le train ou sur la route, l’homme est appréhendé. Bien sûr, il ne possède pas de titre de séjour, souvent d’ailleurs, il n’a aucun papier ou des faux, il ne parle pas français. Si son interpellation a lieu dans la région, il sera dirigé vers le Centre de rétention administrative de Bordeaux. Il y restera selon la loi au maximum 45 jours (avant la loi Besson : 32 jours). Avec la possibilité de saisir le Juge de la liberté et de la détention au bout de 5 jours (avant la loi Besson : 2 jours)
Le centre vient de rouvrir en mai. Il est plus grand que l’ancien (440 mètres carrés contre 222) et accueille moins de monde (20 personnes au lieu de 24). Tout en restant critique, Michèle DELAUNAY témoigne que sa qualité et son ambiance diffèrent sensiblement du précédent.