« Je suis passé devant les grilles de l’usine. Rien n’a changé. »
À Mérignac, vendredi, nous avons fait un retour sur le passé : que s’est-il passé à AIRBORNE, fabricant de mobilier de bureau, filiale d’un groupe américain STEELCASE, qui après dix ans de tribulations, de scission et de reprises, s’est retrouvée en liquidation judiciaire ?
Patrice BUQUET, ancien responsable syndical, nous a cité les propos de l’un des 170 salariés : « Il m’a dit ça, comme si demain, nous allions retourner là-bas travailler… »
Voilà bien toute la détresse des ouvriers licenciés. Les plus anciens ont été embauchés comme apprentis à 17 ans, quelques-uns ont fondé une famille avec un(e) collègue, et pour la plupart, ils n’imaginaient pas quitter l’entreprise avant un départ bien mérité à la retraite.
Et puis, un jour, la production ralentit. La direction assure qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Pendant une année, tout en étant payés, les salariés se retrouvent désœuvrés. James LASSERRE nous a expliqué cet incroyable silence dans lequel les salariés ont été plongés, un silence de mort, la mort d’une entreprise et des emplois.
Le 10 décembre 2001, l’actionnaire principal annonce la cessation d’activité. Les machines déménagent, les premiers licenciements arrivent. Le comité d’entreprise se rebelle. L’entreprise passe outre. Le patron est séquestré. Les salariés se divisent. Certains préfèrent partir avec la plus forte prime, d’autres, plus engagés, veulent se battre pour l’emploi. Ils dénoncent une stratégie tendant à vider l’entreprise de ses forces au profit d’autres filiales du groupe.
L’affaire fait un certain bruit. Le préfet convoque une cellule de crise. Les collectivités locales, la ville de Mérignac en particulier, interviennent dans la limite de leur moyen. La justice est saisie.