La politique est aussi le monde du Verbe. Capricieux, le Verbe peut vous lâcher au mauvais moment. Rachida DATI vient d’en faire l’expérience en assurant que « certains demandent une rentabilité à 20-25 % avec « une fellation quasi nulle ». L’ancienne garde des Sceaux entre dans le livre de vermeil du « lapsus linguae ».
Une telle mésaventure n’épargne personne. Selon d’éminents spécialistes, un lapsus se produit en moyenne tous les 800 mots. La plupart d’entre eux passent inaperçus ou sont corrigés dans l’instant. Et puis, l’anonyme a la honte discrète, là où le célèbre voit rosir ses joues dans l’immensité du web. Ne dit-on pas qu’il faut « vivre caché pour vivre heureux »…
Il existe d’autres fautes de langage, plus politiques, mais tout aussi dommageables. Dominique VILLEPIN nous a ainsi gratifiés de cette superbe envolée : « le pétrole est une ressource inépuisable qui va se faire de plus en plus rare ». Ou, Christine LAGARDE qui, avec son « Pour faire face à la hausse du pétrole, je conseille aux Français de faire du vélo. » a transposé le trop fameux « s’il n’y a pas de pain, donnez leur des brioches » de Marie Antoinette, peu avant que la reine ne perde la tête.
Parmi les autres figures du Verbe politique, l’une des plus pratiquées consiste à humilier votre adversaire qui peut parfois être un ami grâce à un bon mot, c'est-à-dire une sacrée vacherie.
Un prix de l’humour récompense recense ces railleries. André SANTINI y excelle. Avec par exemple ce commentaire à l’égard d’un ancien garde des Sceaux : « Saint Louis rendait la justice sous un chêne. Pierre Arpaillange la rend comme un gland ». Il est vrai que ce grand magistrat était l’auteur d’une phrase autodestructrice : « Sur 52 évadés en 1989, on en a repris 53 ». André SANTINI a également affûté ce mot qui tue : « Je me demande si l’on n’en a pas fait trop pour les obsèques de François MITTERRAND ; je ne crois pas qu’on en ait fait autant pour Giscard. »
Si jamais, nous avions besoin d’être rassuré, disons nous que ces étincelles verbales ont largement pris la place des menaces physiques. Comme le rappelle Thierry BOUCHET dans un livre « Noms d’oiseaux », MAURRAS voulait fusiller Léon BLUM dans le dos. En avril 1967, Gaston DEFERRE lance à René RIBIERE un « taisez vous abruti » qui les conduisit tous deux à s’affronter, une épée à la main, dans un jardin de Neuilly. Malgré tous ses efforts, la police n’arriva pas à empêcher cette confrontation qui impliqua un futur ministre de l’Intérieur. À la fin du 19ème siècle, Paul DEROULEDE, accusé par CLEMENCEAU d’avoir menti à propos du scandale de Panama, avait provoqué un duel au pistolet terminé par six balles perdues devant une foule nombreuse. On ne compta aucun blessé. Quant à JAURÈS, en pleine séance de l’Assemblée, il fut frappé à la nuque par le député BERNIS, traité de « lâche ».
Avec ses lapsus et ses injures, son présidentiel « casse-toi pauvre con », la période contemporaine est finalement plus calme, même si elle n’est pas plus glorieuse.