Quinze jours après le tremblement de terre, nous ne connaissons pas le nombre de victimes. Nous ne le connaîtrons jamais. Comme nous n’avons jamais su les conséquences exactes des précédents séismes. En 1751, puis en 1770, Port-au-Prince fut détruite en totalité. En 1842, l’île, y compris Saint-Domingue fut de nouveau ravagée.
L’histoire d’Haïti est cadencée par les phénomènes naturels les plus ravageurs, ouragans, tempêtes, inondations… Rien n’épargne Hispaniola, « la petite Espagne », nom que lui donna Christophe Colomb, émerveillé par sa beauté. Son destin semble osciller entre les désastres provoqués par la Nature et les dommages infligés par les hommes. Après la répression des esclaves noirs par les colons français, puis la soumission sanglante des paysans lors de l’occupation américaine, Haïti a vécu dans la violence d’une longue dictature de « Papa Doc » et de ses tontons macouts, puis de son fils « Baby Doc », puis des autres... Ici, à l’ombre du vaudou, tout n’est que souffrance et fragilité, les bâtiments comme les hommes. La corruption existe partout, la norme n’existe nulle part.
Nous sommes profondément choqués par ces milliers de morts causés par les séismes. Nous le sommes moins par d’autres, aussi nombreux, provoqués par des affrontements fondés sur la cupidité ou le pouvoir.
En 2010, Haïti est poursuivie par ses fantômes. Bien sûr, la démocratie n’évite pas les catastrophes naturelles. Mais, il est certain, qu’un autre régime, plus attentif à ses habitants, aurait construit autrement, aménager plus durablement, mis en place des dispositifs de solidarité ou de santé publique. Un autre régime ? Certainement. Ajoutons toutefois pour être honnête : d’autres relations entre pays riches et pays pauvres.