9H30: Petit rappel : hier, le Sénat a adopté un amendement favorable au maintien de la clause de compétence qui permet aux Départements et aux Régions de soutenir les projets des communes, y compris en étant maître d’ouvrage. Le vote a été obtenu grâce aux voix du groupe centriste.
A l’ouverture de la séance, vif incident : Nicolas ABOUT, président du Groupe centriste, absent la veille, se lève. Il demande une nouvelle délibération. Selon ses propos musclés, le groupe centriste a été trahi par ceux qui étaient présents. En langage publié au journal officiel, les termes sont plus modérés: « Plusieurs de mes collègues et moi-même, qui aurions voulu hier voter contre l'amendement n°166 rectifié lors du scrutin public, n'avons pu le faire, aucun membre de notre groupe n'ayant pris ou voulu prendre la décision de le faire à notre place. Ce fait est d'autant plus incompréhensible que nous avions des amendements en sens contraire.»
Raymond Vall, sénateur du Gers, réplique vivement : « Les propos de M. About sont inacceptables pour tous ceux qui ont travaillé pendant des heures hier en toute liberté. J'exige des excuses ! Vous nous avez traités de terroristes ! »
Les mots, quolibets, répliques, fusent de toutes parts. Les socialistes, il est vrai, ne sont pas les derniers. Suspension de séance.
9H55 : reprise des débats
Charles PAQUA fait une apparition nonchalante.
Nathalie GOULET, sénatrice de Basse-Normandie, centriste fait une mise au point : « Ce qui s'est passé hier était parfaitement normal : nul n'a exercé de pression. Je regrette que des accusations personnelles aient été portées. »
La présidente de séance en appelle à la sérénité.
Je m’éclipse. La mission sur la tempête XYNTHIA doit auditionner le Haut comité français pour la défense civile. La dernière de nos 170 auditions, un travail herculéen pour arriver à mieux prévenir les dommages causés par les catastrophes naturelles. Dans la salle Médicis, je crois entendre les échos de notre débat sur la réforme territoriale : « l’Etat se décharge sur les communes qui n’ont pas les moyens de mettre en œuvre les dispositifs d’alerte ou de prévention ».
10H30, retour dans l’hémicycle. Le débat porte maintenant sur la parité et plus particulièrement sur la parité dans les exécutifs intercommunaux. Nous avons déposé plusieurs amendements. J’en défends deux.
Plus globalement, nous discutons de la partie du texte relative au nombre et à la répartition des conseillers communautaires.
13H, interruption de séance.
15H, Questions d’actualités au gouvernement. Comme chaque jeudi, dix questions sont posées aux ministres. Pour notre groupe, Jean Jacques MIRASSOU (TVA dans la restauration), Gérard MIQUEL (affaire BETTANCOURT WORTH) et Claude DOMEZEL (réforme des retraites) interviendront. Une confidence : j’assiste rarement à ce moment essentiellement télévisuel. Par la magie de la caméra qui filme la séance, les rangs du Sénat se remplissent. Ils se videront tout à l’heure lorsque reprendra l’ordre du jour moins médiatique de la réforme territoriale.
16H15, reprise des débats.
Les ministres se côtoient ou se relaient : Alain MARLEIX, secrétaire d’État aux collectivités locales, Michel MERCIER, Ministre de l'Espace rural, Henri de RAINCOURT, chargé des relations avec le Parlement et dans les grands moments, Brice HORTEFEUX, ministre de l’Intérieur.
Nous attaquons l’article 5 consacré aux Métropoles. Tiens, un amendement socialiste est voté ! Le gouvernement nous fait une concession de taille, Monsieur COURTOIS, rapporteur UMP, aussi : lors de la création d’une métropole, le délai de consultation du Conseil général est porté de trois à quatre mois !
La séance se déroule d’amendement en amendement, de rapports du rapporteur et d’avis du gouvernement en explication de vote. L’UMP vote comme un seul homme, mais en toute discrétion, ses élus râlent contre cette réforme dont pour la grande majorité ils ne perçoivent pas l’intérêt local. Les centristes sont divisés entre ruraux et urbains. Le groupe communiste s’oppose aux métropoles. Les Verts y sont plutôt favorables, mais à certaines conditions. Les socialistes les voient d’un œil inquiet ou plutôt avec des yeux qui diffèrent selon les visages et donc les lieux. Le maire de Lyon, président de la communauté urbaine, les regarde avec bienveillance. Les départementalistes les scrutent avec méfiance. Je dénonce une Métropole qui accouche d’une souris, même si cette souris se veut plus grosse qu’un bœuf. Nous vivons avec cette légende urbaine selon laquelle, il n’y aurait de développement que tiré par les villes ou cette vision bien française qui lie le dynamisme urbain et le cadre juridique. Dans nos grandes villes, nous manquons surtout de sièges sociaux de grandes entreprises, centralisés dans la seule région parisienne. Nous manquons de décentralisation.
Alors quel seuil pour la métropole ? 450 000, 500 000, 600 000, un million d’habitants. La question nous prend presque une heure. Il faut permettre à Strasbourg de choisir ce statut et donc ne pas mettre la barre trop haute. Pour CLERMONT FERRAND, ce sera plus difficile.
19H30, la séance est suspendue.
21H30, la séance reprend. Toujours sur la Métropole, et bientôt les pôles métropolitains. Toujours les mêmes positions. Eux : la loi doit imposer. Nous : seules, les conventions permettront l’efficacité. Jean Pierre CHEVENEMENT défend vigoureusement les Départements : « s’attaquer aux Départements, c’est s’attaquer à la République elle-même. » Marie Christine BLANDIN plaide pour que la Région ne soit pas la grande victime de la réforme.
Pierre Yves COLOMBAT, sénateur socialiste du Var, provoque une brusque montée d’adrénaline dans l’hémicycle. Il fait observer que selon le texte, il sera interdit de créer des emplois dans les services qui auront fait l’objet d’un transfert de compétence et ce pendant trois ans… Sauf si nécessaire. Étrange rédaction, il est vrai. Car est-ce sous entendre que les collectivités territoriales créent des emplois non nécessaires, des emplois de complaisance ou fictifs ? Et qui décidera d’un emploi nécessaire ? L’Etat ? Mais alors que devient le principe constitutionnel de libre administration des collectivités territoriales. Jean Pierre SUEUR insiste : qui décidera ? Le banc du gouvernement reste silencieux, le rapporteur aussi, l’UMP est conforme.
Le rapporteur se décide à parler : « il reste 410 amendements à examiner ! ». Bon, au suivant.
Minuit moins une : suspension de séance. Reprise demain 9H30.